J'ai longtemps hésité avant d'ouvrir ce blog. La vraie question n'était pas "est-ce que j'ai des idées ?", mais plutôt "est-ce que je suis légitime pour parler de tech, de carrière, ou du marché ?". Et pourtant, ce sujet revient sans cesse dans les discussions entre développeurs : est-ce que le métier est en train de se fermer ? Est-ce qu'on arrive trop tard ? Est-ce que tout devient plus dur qu'avant ?
Mon intuition est simple : le métier n'est pas foutu, mais il a clairement changé. Et ça change beaucoup la manière dont on doit s'y préparer.
Un moment où le web ressemblait à une promesse infinie
Pendant plusieurs années, le développement web a été présenté comme une voie presque évidente. Les entreprises recrutaient vite, les formations se multipliaient, et beaucoup de gens ont réussi à entrer dans le métier en autodidacte, en bootcamp ou en alternance.
Ce n'était pas un mythe complet. La demande était réelle, l'écosystème numérique explosait, et les produits logiciels avaient besoin d'être construits rapidement. Pour beaucoup, cette période a créé l'image d'un marché où il suffisait d'apprendre un framework et de postuler partout.
Après l'euphorie, le retour au réel
La période post-covid a changé le décor. Certaines entreprises ont sur-embauché. D'autres ont ralenti. Les levées de fonds se sont tendues, les coûts ont repris de l'importance, et le marché est devenu plus sélectif.
Le choc est surtout venu de la comparaison avec les années précédentes. Quand on arrive après une phase d'euphorie, la réalité paraît toujours plus brutale. Pourtant, ce n'est pas la disparition du métier. C'est plutôt la fin d'une période exceptionnellement facile.
Le vrai problème : l'écart entre apprentissage et attente du marché
Aujourd'hui, beaucoup de candidats savent reproduire des projets, mais peinent encore à montrer comment ils pensent, structurent un codebase, ou livrent une interface propre de bout en bout.
Le marché n'attend plus seulement quelqu'un qui sait "faire marcher" une app. Il cherche quelqu'un capable de :
- comprendre un besoin
- écrire un code lisible
- collaborer
- finir quelque chose sans que tout s'écroule au premier changement
Autrement dit, la barre est moins "connais-tu React ?" et davantage "sais-tu produire de la valeur avec rigueur ?".
Il faut arrêter de lire le marché uniquement à travers la peur
Quand on passe trop de temps sur LinkedIn ou dans les discussions anxieuses, on finit par croire que tout est fermé. Ce n'est pas complètement faux de dire que c'est plus difficile. Mais se raconter que tout est mort devient vite une manière de ne plus agir.
Le meilleur antidote, ce n'est pas l'optimisme aveugle. C'est de construire des preuves :
- un site personnel clair
- quelques projets terminés
- de l'écriture technique ou du partage d'idées
- une manière de montrer son goût, sa logique et sa constance
Ce qui donne encore de la valeur aujourd'hui
Le marché récompense moins la simple présence, et plus la clarté. Un profil qui sait expliquer ses choix, écrire proprement, soigner une interface et tenir un raisonnement vaut encore énormément.
Il y a aussi un autre point qu'on oublie souvent : beaucoup de développeurs veulent entrer dans le métier, mais peu prennent vraiment le temps de construire une identité de travail. Ce n'est pas seulement une question de CV. C'est une question de signal.
Conclusion
Le dev n'est pas foutu. Il est plus exigeant, plus dense, et probablement moins indulgent avec les parcours flous. Mais il reste un métier vivant pour celles et ceux qui acceptent de dépasser la simple accumulation de tutos.
La bonne question n'est peut-être plus "est-ce qu'il y a encore de la place ?". La bonne question est plutôt : "quel signal est-ce que je construis, et pourquoi quelqu'un aurait envie de me faire confiance ?"